Face à la popularité croissante de la psilocybine, un phénomène particulier se développe : celui des retraites psychédéliques clandestines, souvent organisées par des personnes sans formation reconnue, hors de tout cadre légal et éthique. Bien que séduisantes, ces cérémonies illégales présentent des risques parfois majeurs pour la santé physique et psychologique des participants.
C’est dans ce contexte que la Société Psychédélique Française (SPF) s’impose comme une voix experte et engagée, œuvrant pour la réduction des risques et une information transparente. Son rôle : mettre en garde contre les dérives et plaider pour une régulation encadrée des usages psychédéliques.
Dans cet article, nous vous proposons donc d’expliciter le rôle de la SPF et de synthétiser ses recommandations essentielles ainsi que les précautions à prendre avant d’envisager une expérience psychédélique. En tant que professionnels du secteur, notre objectif est clair : protéger et accompagner celles et ceux qui s’intéressent aux psychédéliques, en les protégeant des dérives de pratiques douteuses.
Table des matières
Un enjeu de sécurité et d’éthique
La Société Psychédélique Française : une référence en matière de réduction des risques
Fondée en 2017 par un collectif de chercheurs, de praticiens et de passionnés, la Société Psychédélique Française (SPF) a pour mission de fournir des informations fiables sur les substances psychédéliques et de promouvoir un usage sûr et éthique. Contrairement aux discours sensationnalistes et polémiques autour de ces substances, la SPF adopte une approche basée sur la science, la réduction des risques et la responsabilisation des usagers.
Quelles sont les principales actions de la SPF ?
- Publication de guides : le Manuel de Réduction des Risques , destiné aux usagers des substances psychédéliques mais aussi aux curieux, en est l’exemple le plus probant. Il a pour objet de “prévenir les éventuels risques auxquels s’exposent les usagers de substances psychédéliques en apportant des informations claires et justes à leur sujet“. On y trouve ainsi des précautions d’emploi concrètes, notamment les effets indésirables possibles et les interactions dangereuses avec d’autres substances ou médicaments.
- Organisation de cercles d’intégration : proposés en ligne Ces cercles offrent aux personnes ayant vécu “une expérience psychédélique plus ou moins troublante, indéchiffrable ou pénible” un espace sécurisé pour s’exprimer et partager leurs ressentis.
- Médiation scientifique : en mai 2018, la SPF a marqué un jalon important dans son histoire en organisant la toute première journée d’étude universitaire sur les études psychédéliques en France. Cet événement s’est tenu au Muséum national d’Histoire naturelle et a accueilli notamment Robin Carhart-Harris de l’Imperial College de Londres, l’un des chercheurs les plus reconnus dans le domaine de l’utilisation de la psilocybine contre la dépression résistante. Cette journée a été suivie d’un atelier destiné aux chercheurs en psychiatrie, visant à relancer des essais cliniques avec la psilocybine en France. Depuis, elle organise régulièrement des événements permettant la diffusion des connaissances sur les psychédéliques tout en créant des espaces d’échange entre différents acteurs.
- Sensibilisation aux dangers des pratiques clandestines : en alertant sur les risques liés à des retraites psychédéliques non encadrées. C’est sur ce dernier point que nous reviendrons en particulier.
Retraites psychédéliques clandestines : entre risques et fascination
Pourquoi ces retraites attirent-elles autant ?

C’est sans doute que les retraites psychédéliques offrent une réponse nouvelle à des problématiques variées, dans lesquelles de nombreuses personnes s’enlisent depuis des années. Dépression, addictions, guérison des traumatismes et des blessures d’enfance… La promesse attire tandis que l’expérience psychédélique fascine ceux qui souhaitent développer leur conscience ou atteindre l’éveil spirituel. Inspirées ou pas des traditions chamaniques, elles reposent sur la consommation de substances telles que l’ayahuasca, la psilocybine issue des champignons magiques ou encore l’iboga.
Les dangers des retraites clandestines
C’est parce qu’elle a conscience de cette fascination que la SPF tient à mettre en garde contre les nombreux risques que présentent ces retraites clandestines :
- Absence de sélection des participants : en effet, certaines pathologies psychologiques ou médicales sont des contre-indications majeures qu’il faut absolument écarter avant d’absorber des substances psychédéliques
- Mélanges de substances non testées : comme pour d’autres produits, la clandestinité et le manque de formation des “facilitateurs”, engendre de potentiels problèmes. Mauvais contrôle des dosages, produits frelatés ou mélangés peuvent entraîner des accidents graves.
- Encadrement insuffisant : le manque de connaissance des encadrants peut aggraver les expériences anxiogènes (“bad trips” par exemple)
- Comportements abusifs : enfin, des dérives sectaires (abus financiers et/ou psychologiques, abus et violences sexuelles etc.) ont déjà été rapportés dans plusieurs retraites clandestines.
Les recommandations de la SPF pour une expérimentation sécurisée et responsable
Vérifier la légitimité et l’éthique de l’organisateur et des facilitateurs
- Formation et expérience : un bon facilitateur doit pouvoir justifier d’une formation sérieuse en psychothérapie, neurosciences ou accompagnement psychédélique. Il doit en effet être capable de faire en sorte que l’individu se sente à l’aise et en sécurité dans son environnement. Il doit également être en capacité d’agir comme un « contrôle de la réalité » si nécessaire. Enfin, il doit connaître les procédures à suivre pour intervenir en situation de crise
- Transparence sur les substances : il est impératif d’exiger des informations précises sur la provenance et la composition des produits. En effet, certains fournisseurs mal intentionnés tirent profit du manque d’expérience et de la méconnaissance des organisateurs clandestins pour vendre des produits de synthèse aux effets potentiellement dangereux. D’autre part, concernant les truffes, des erreurs d’identification et des confusions avec des espèces toxiques sont possibles.
- Connaissance des contre-indications : La présence de troubles psychotiques, bipolaires ou cardiovasculaires doit entraîner une exclusion stricte. En outre, le Manuel de prévention des risques présente une liste exhaustive des interactions médicamenteuses devant faire l’objet de la plus grande vigilance.
Se préparer avant une expérience psychédélique
Le “Set & Setting” : la Société Psychédélique insiste fortement sur l’importance de la préparation mentale et physique, ainsi que sur la mise en place d’un environnement de consommation sécurisé. Or, les retraites clandestines ignorent cet aspect essentiel.
L’importance de l’intégration post-expérience
- Aucune prise de décision majeure après une séance : l’intégration doit être progressive pour éviter des choix impulsifs.
- Accompagnement psychologique : ne pas hésiter à consulter un professionnel après une expérience intense.
- Participer à des cercles d’intégration : un espace pour partager son vécu et éviter l’isolement post-expérientiel.
La popularité croissante des psychédéliques ne doit pas occulter les dangers réels d’un usage non encadré ! Dans cette optique, la Société Psychédélique Française joue un rôle crucial dans la réduction des risques en informant, accompagnant et mettant en garde contre les retraites clandestines dangereuses. Plutôt que de se jeter à l’aveugle dans une expérience non encadrée, il est essentiel de s’informer et de privilégier des espaces sécurisés, dans le respect des individus et de leur bien-être.