Psilocybine : quels effets sur le cerveau ?

Une révolution neuroscientifique serait-elle en marche ? Au cœur des recherches scientifiques actuelles, elle intéresse la communauté par son action profonde sur le cerveau et son potentiel thérapeutique dans des domaines aussi variés que la dépression résistante, l’anxiété ou encore les troubles du stress post-traumatique (TSPT).  

Mais comment la psilocybine interagit-elle précisément avec notre cerveau ? Quels sont ses effets à court et long terme sur les circuits de neurones ? Quels bénéfices peut-on réellement en attendre ? Y a-t-il des risques pour la santé ? Cet article s’appuie sur les dernières recherches en neurosciences et en psychiatrie pour expliquer simplement l’impact de la psilocybine sur le cerveau humain.

Table des matières

Comment la psilocybine agit-elle sur le cerveau ?

La psilocybine désynchronise le cerveau.

C’est l’image la plus simple pour comprendre les effets de la psilocybine : le cerveau se déconnecte de ses chemins habituels et se reconnecte à d’autres régions. En effet, les dernières études en neuroimagerie révèlent que la psilocybine agit comme un modulateur des connexions neuronales, induisant des états modifiés de conscience et favorisant une plasticité cérébrale accrue. 

En résumé : sous l’effet de la psilocybine (et même plusieurs mois après la prise), des zones du cerveau qui communiquaient habituellement peu entre elles se mettent à échanger davantage d’informations. Imaginons que le cerveau soit une ville étendue, avec différents quartiers spécialisés (mémoire, émotions, perception…). Habituellement, vous utilisez toujours le même itinéraire pour passer d’un quartier à un autre. Avec la psilocybine, c’est comme si vous créiez des ponts et des raccourcis inédits. Non seulement, vous allez plus vite, mais en plus, vous faites des liaisons entre des quartiers qui n’avaient jamais été en relation. Ces voies de communication inhabituelles peuvent  générer des visions, des idées nouvelles ou un sentiment d’unité avec le monde.

Modulation de la connectivité neuronale

Comment ça marche en termes scientifiques ? La psilocybine se lie aux récepteurs 5-HT2A, entraînant des modifications significatives de la connectivité fonctionnelle entre différentes régions cérébrales, notamment une augmentation de la connectivité entre le cortex visuel primaire et d’autres zones corticales et sous-corticales. D’autres recherches en neuroimagerie ont quant à elles observé que la psilocybine induit une augmentation de la connectivité entre le cortex cingulaire postérieur et le cortex cingulaire antérieur, ainsi qu’entre le cortex cingulaire antérieur et les structures limbiques. Ces découvertes suggèrent que la psilocybine favorise une intégration accrue des réseaux neuronaux, ce qui pourrait expliquer les altérations perceptuelles et cognitives rapportées lors de son utilisation.​

Autre élément important : contrairement à ce qui est constaté après l’administration d’autres médicaments, les effets de la psilocybine persistent longtemps. Même une fois la substance évacuée du corps de l’individu, un “changement minime et significatif” persiste durablement selon les résultats de l’étude publiés le 17 juillet 2024 dans la Revue Nature.

Modulation de la connectivité neuronale par la psilocybine
Reconfiguration neuronale - Getty Images

Interaction avec les récepteurs sérotoninergiques

Comment fonctionne la sérotonine en temps normal ?

Deuxième effet de la psilocybine – qui après ingestion est convertie en psilocine : l’altération de l’humeur, de la perception et de la cognition. Ceci est dû à son action sur les récepteurs de la sérotonine.

Pour le comprendre, reprenons notre image du cerveau-ville : il est parcouru par des millions de routes (les connexions neuronales). Sur ces routes, on trouve bien sûr des feux de signalisation et des stations services : ce sont les récepteurs de neurotransmetteurs. L’un des carburants les plus importants pour la circulation dans le cerveau est la sérotonine, qui influence notre humeur, notre perception et nos émotions.

Dans un cerveau sans psilocybine, la sérotonine circule de manière bien ordonnée. Elle se fixe à des récepteurs spécifiques (comme les 5-HT2A) qui agissent comme des feux de signalisation régulant le flux de l’information. Ce système assure une perception stable du monde et une régulation émotionnelle équilibrée.

Que se passe-t-il quand on consomme de la psilocybine ?

Dès qu’on ingère un champignon contenant de la psilocybine, celle-ci est transformée en psilocine. Le pouvoir de cette molécule : imiter la sérotonine. Sauf que ce super-carburant ne suit pas le code de la route habituel, avec lui tous les feux passent au vert en même temps !

Résultat ?

✅ Les informations sensorielles (sons, couleurs, sensations) circulent sans filtre et peuvent sembler plus intenses, voire déformées. C’est la raison pour laquelle, les expériences psychédéliques s’accompagnent de visions hallucinatoires parfois très fortes.

✅ Des émotions profondes peuvent émerger car la psilocine désactive temporairement certaines barrières du cerveau, en particulier l’ego (une construction intérieure qui organise notre pensée).

Pour conclure, la psilocybine provoque une réorganisation temporaire du cerveau, dont les effets perdurent plusieurs semaines à plusieurs mois après la première prise. Cette reconfiguration a un fort potentiel thérapeutique puisqu’elle permet de sortir des schémas de pensée rigides (pensées qui tournent en boucle, sentiment de répétition, manque de créativité). Elle peut notamment être bénéfique pour les personnes souffrant de dépression ou d’anxiété. Plus généralement, pour tous les individus qui ont le sentiment d’être enfermés dans des boucles de pensée négative impossibles à arrêter, la psilocybine désactive temporairement ces boucles en créant de nouvelles connexions. Enfin, rappelons que la psilocybine ne provoque pas de dépendance physique et que sa toxicité à long terme est décrite comme quasi existante.